Halakhot du Hafets Haïm
Halakha 4 / 215

Hafets Haïm – Introduction (4)

J'ai réfléchi à la raison pour laquelle cette faute est devenue si négligée par tant de gens, et j'ai compris que cela tient à plusieurs causes, certaines propres aux gens du peuple et d'autres aux érudits.

Les gens du peuple ignorent qu'il est interdit de dire du lachon hara même sur une chose vraie ; quant aux érudits, bien qu'ils sachent que le lachon hara inclut aussi la vérité, ils sont trompés par le mauvais penchant.

D'abord, celui-ci prétend que la personne dont on parle est un méchant et qu'on peut donc parler d'elle, car c'est une mitsva de dénoncer publiquement les méchants. Parfois, il lui dit : « Untel est un querelleur, au sujet duquel il est permis de dire du lachon hara. » Parfois, il le séduit avec la permission de « Apé Telata » (devant trois personnes), et parfois avec celle de « Apé Mara » (devant l'intéressé), en le persuadant, au moment où il parle, qu'il dirait la même chose devant lui. Le mauvais penchant lui rappelle tous les passages qui se rapportent à ces permissions.

Parfois, il le convainc que ce qu'il dit n'est pas du lachon hara, par exemple lorsqu'il dit d'une personne qu'elle n'est pas intelligente.

En règle générale : soit il le persuade que ses paroles ne comptent pas comme du lachon hara, soit que la Torah n'a pas interdit de parler contre cette personne en particulier.

Lorsque le mauvais penchant voit que ces arguments ne suffisent pas, il recourt à la ruse inverse : il lui montre que tout est inclus dans le lachon hara, et que dans ce cas il est impossible de vivre en ce monde sans se séparer de toutes les affaires du monde. Cela ressemble aux paroles du serpent rusé (Genèse 3:1) : « D.ieu a-t-Il vraiment dit : vous ne mangerez d'aucun arbre du jardin ? »

De plus, beaucoup de gens ne savent pas qu'il est interdit d'accepter le lachon hara, c'est-à-dire qu'il est interdit d'y croire dans son cœur, et qu'on peut seulement se méfier [au cas où ce serait vrai]. Ils ne savent pas non plus comment réparer la faute s'ils ont transgressé le lachon hara et la rekhilout.

Pour ces raisons, toute cette question s'est complètement effondrée, au point que les gens disent tout ce qui leur vient à la bouche. Ils ne se demandent pas si cela entre dans le lachon hara, et sont tellement habitués à cette transgression que beaucoup ne la considèrent même plus comme une faute. Même si quelqu'un dit du lachon hara et qu'on lui demande : « Pourquoi as-tu dit du lachon hara et de la rekhilout ? », il pense qu'on cherche à faire de lui un juste et un homme droit, et il n'accepte pas la remontrance, car il voit que tout le monde néglige cette question. Toutes ces causes existent parce que les lois du lachon hara et de la rekhilout n'ont pas été rassemblées en un seul endroit où leurs détails seraient expliqués ; elles sont au contraire dispersées dans tout le Talmud et dans les ouvrages de halakha. Même le Rambam, au chapitre 7 des Hilkhot Déot, et Rabbénou Yona dans Chaaré Techouva n'ont pas tracé un chemin clair dans cette halakha. Ils ont été très brefs, selon la manière des Richonim, et beaucoup de lois ne figurent pas dans leurs propos.